mardi 16 juin 2015

Le jour où je l'ai rencontrée...

Lorsque nous avons eu l'entretien du 4ème mois avec la sage-femme, elle nous a parlé de quelque chose que je ne connaissais pas trop : le projet de naissance.

J'en avais entendu parler bien sûr, mais je n'y avais pas trop pensé par la suite. En gros, ce sont les souhaits qu'on a pour l'accouchement, comment on voudrait que ça se passe... 

Tout ça m'a fait me replonger dans les souvenirs de mon premier accouchement (où personne ne m'a vraiment posé de question sur ce que je voulais). Si je veux être objective, je n'ai pas eu un accouchement idéal, (très très) loin de là mais contre toute attente, j'en garde un très bon souvenir.

Je me suis dit que je pouvais partager avec vous ces souvenirs...

Avant tout, il faut savoir que je viens d'un pays plutôt pauvre, les conditions ne sont pas les mêmes qu'ici et surtout j'étais une jeune fille qui ne savait pas se faire entendre...

Tout a commencé un mercredi peu avant midi. J'étais à 15 jours de mon terme et ma mère et ma sœur étaient dans le salon en train de regarder des vieilles photos. La maison était particulièrement propre ce jour là (ou c'est peut être l'image que je m'y suis faite?). Je suis allée faire pipi et j'ai vu que le tristement célèbre "bouchon muqueux" était parti.

Je suis sortie des toilettes et j'ai dit à ma mère "je pense qu'il se passe quelque chose"... Je lui ai expliqué et elle et ma sœur m'ont emmenée au petit cabinet des sages-femmes du quartier pour me faire examiner...

Une sage-femme nous a reçues et m'a auscultée. Elle nous a dit "Vous avez 2cm de dilatation, à mon avis ce soir vous aurez votre bébé". Ce soir là, j'allais enfin avoir mon bébé et devenir maman! J'étais tellement excitée à l'idée d'enfin rencontrer cette petite fille qui avait poussé dans mon ventre pendant neuf mois! 

Nous sommes sorties du cabinet et comme nous n'habitions pas très loin, nous sommes rentrées à pied toutes les trois. Ma mère se préoccupait de si j'avais tout ce qu'il fallait dans ma valise. Nous avions fait ensemble les lessives quelques jours avant et donc tout était prêt. Nous nous sommes arrêtées dans le marché du coin et nous avons achetés des raisins pour le dessert du midi. J'en ai mangé sur la route, ils étaient tellement bons ces raisins...

En rentrant à la maison nous avons mangé tranquillement puis je suis allée vérifier que tout était prêt. Cet après- midi là, mon oncle et sa famille qui étaient en ville pour les vacances sont venus nous voir. J'ai demandé à ma mère de ne pas dire ce que la sage-femme avait dit, je ne sais pas pourquoi... je voulais pas que tout le monde se mette à paniquer.

Nous avons montré la chambre de ma fille à mon oncle, j'étais fière de la décoration que j'avais choisie et du lit que nous avions peint avec ma meilleure amie!  Mon oncle a pris une photo de toute la famille dans la chambre. Je pense que je portais une des chemises rouges que ma mère m'avait offerte, mon oncle m'a dit de montrer mon ventre pour la photo. Ça doit être une de seules photos où l'on me voit enceinte.

L'après midi, j'ai commencé à sentir des petites contractions. Ma mère avait pris un carnet pour noter la durée et l'espacement entre celles-ci. Je marchais le plus que je pouvais dans la maison pour avoir un peu moins mal et ça marchait plutôt bien.

Je ne me rappelle plus trop de la suite mais vers 22h les contractions étaient rapprochées alors nous sommes allées à l'hôpital avec mon père et ma soeur.

A l'hôpital, surtout dans la nuit, seulement la maman et un accompagnant ont le droit d'entrer. Mon père et ma soeur sont donc restés sur le parking de l'hôpital (plus tard j'ai su qu'ils y avaient passé la nuit).

Je n'avais pas vraiment peur de l'accouchement et pour une raison étrange, j'étais plutôt calme à ce moment là. En arrivant à l'hôpital, un médecin a regardé mon col et ils m'ont fait une épisiotomie. Oui, parce qu'au Pérou, ou du moins à cette époque et dans cet hôpital-là, l'épisiotomie se fait dès l'entrée à l'hôpital. Quand j'ai raconté ça à la sage femme il y a quelques semaines, elle a été choquée mais à l'époque je ne m'étais même pas posée la question. Avec une petite anesthésie local, je n'ai rien senti finalement...

Je suis ensuite allée à la salle de travail. C'est à ce moment là que j'ai un peu stressée, parce que dans cet hôpital, les femmes rentrent dans cette salle, une grande salle remplie de lits, seules... Les accompagnants, même les maris, sont obligés d'attendre à l'extérieur de cette pièce avec des grandes fenêtres hautes et avec des murs froids couleur vert "hôpital"... Pas du tout accueillant à vrai dire.

Quand je suis arrivée, une fille partait dans la salle d'accouchement, elle pleurait de douleur. Une autre est arrivée une demi heure après mais n'est restée qu'encore une demi heure. Je pense qu'il y avait un problème alors ils l'ont vite emmenée dans la salle d'accouchement. Malgré tous ces pleurs et cris et malgré la douleur qui se faisait déjà plus sentir, je restais zen.

Je parle de douleur parce qu'il faut savoir que là bas la péridural n'était pas proposée aux femmes qui vont accoucher par voie basse. Elle est faite juste pour celles qui allaient subir une césarienne. Plus tard, une tante m'a dit qu'elle avait payé un médecin pour qu'il dise qu'elle avait besoin d'une césarienne afin d'avoir la péridurale... oui, payé...

Un interne est venu me voir pour voir si tout allait bien. Ah, cet interne... Je n'ai pas retenu son prénom ni même son visage, mais je lui serai toujours reconnaissante d'avoir été là. Peut être parce que j'étais jeune et que j'avais surement l'air pommée, il m'a un peu prise sous son aile. Il a passé la soirée (ou la nuit plutôt) à discuter avec moi, à tenir ma main dès que j'avais une contraction, il s'est même endormi à côté de mon lit lorsqu'il faisait nuit et qu'il n'y avait plus personne dans la salle... Je pense que si je garde un bon souvenir c'est en grand partie grâce à lui...

Les heures passaient et il était déjà 2 ou 3h du matin. L'interne m'a examinée et a vu que mon col était bien dilaté. Il a appelé la sage-femme qui m'a percé la poche d'eau et qui m'a dit de me rappeler des cours de respiration et de faire le petit chien assoiffé (ses mots pas les miens). C'est ce que j'ai fait pendant qu'ils m'emmenaient dans la salle d'accouchement.

La suite est un peu plus floue je pense, je ne sais pas si ça a été rapide ou pas, si j'ai eu mal ou pas (je crois quand même que je n'ai pas eu très mal en fait). Je me rappelle seulement que je disais beaucoup "je n'y arriverai pas, je n'y arriverai pas". Il y avait du monde autour de moi, l'interne entre autres et plusieurs personnes qui étaient sorties de nulle part... On me disait de continuer à pousser et c'est ce que je faisais. 

Et là, pouf! Ils m'ont dit d'arrêter. Ma fille était sortie... Ils ne me l'ont même pas montrée mais je l'ai juste entraperçue lorsqu'elle passait entre les bras des sages-femmes... Elle était toute rouge et elle pleurait. J'ai eu un fou rire de joie. J'avais réussi, ma fille était là...

Ils l'ont tout de suite emmenée dans une autre pièce et d'un coup tout le monde était parti, même l'interne. Une sage-femme désagréable est venue me voir et a injecté quelque chose sur ma jambe. Je lui ai demandé ce que c'était et elle m'a répondu "tu es médecin?" (oui "tu", avec tout le mépris qu'on peut mettre dans un "tu"). Lorsque j'ai répondu "non", elle m'a juste dit "alors, tu n'as pas à savoir"... J'étais dans les vapes et tellement timide à l'époque que je n'ai rien dit... Des mois ou années après, j'ai entendu une histoire comme quoi ils avaient stérilisé des filles sans leur accord dans un petit village pas loin de ma ville et cette histoire m'a hantée jusqu'il y a quelques mois où j'ai enfin réussi à tomber enceinte...

Quelques heures après, ils m'ont emmenée dans une nouvelle grande pièce avec plein de lits aussi où toutes les femmes et leurs bébés restent... Je n'avais toujours pas vu ma fille. Il devait être 7h du matin et dans le couloir de l'hôpital, ma sœur, encore en pyjama, et ma mère étaient là. Ma sœur m'a fait un bisous sur le front et m'a dit "je l'ai vue, elle est trop belle".

Une fois dans la grande pièce, peut être une heure était passée, une dame passait entre les lits avec un grand lit à roulettes avec des bébés dedans. Comme si elle repartissait les petits-déjeuners, elle donnait les nouveaux bébés aux mamans. Elle a posé ma fille sur mon lit près de mes pieds. J'avais trouvé cette dame tellement brusque, j'avais l'impression qu'elle avait carrément jeté ma fille sur le lit. Ma fille pleurait, elle avait une façon particulière de pleurer, elle devenait toute rouge, presque violette, et ne respirait pas puis lâchait un bon cri bien strident. Quand je l'ai vue comme ça, j'ai pleuré... Pas vraiment d'émotion mais parce que je la voyais si petite et si fragile et sans défense et moi si incapable... Qu'est ce qui lui attendais avec un maman si peu prête??

C'est drôle (ou pas?), lorsque j'ai écrit ce dernier paragraphe, j'ai pleuré comme ce jour là...

Malgré tout ça, je garde un bon souvenir de cet accouchement. J'ai eu un accouchement plutôt rapide, n'ai pas vraiment souffert, ma fille n'a eu aucune complication... Mais surtout, j'ai rencontré ma fille ce jour-là et malgré toute la peur que j'ai pu ressentir pendant ces premiers moments, j'étais tellement heureuse qu'elle soit là... J'étais tellement heureuse d'être sa maman...


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